Avant le départ, la question revient toujours, pas forcément à voix haute. Elle est là quelque part entre la liste du matériel et la vérification des pneus. Combien ça va me coûter ?
Le problème avec cette question, c'est qu'on s'attend à une réponse précise, un chiffre propre, une enveloppe à poser sur la table avant le départ. Mais la vanlife ne fonctionne pas comme ça. Mes parents ont bien essayé de calculer avant leur premier grand voyage, en listant scrupuleusement l'essence, les nuits, la nourriture et les imprévus mécaniques. Ils ont vite compris qu'un voyage en van ne se budgète pas vraiment à l'avance : il se suit. Et cette différence change absolument tout à la façon dont on vit le voyage.
C'est le poste le plus variable du budget vanlife et, souvent, le plus révélateur de la façon dont on voyage. En France, une nuit en van peut coûter de zéro à quarante euros selon où l'on s'arrête et à quelle période de l'année.
Les aires naturelles et les bivouacs légaux, nombreux dans les zones rurales et les massifs montagneux, sont gratuits. Les aires de services municipales oscillent généralement entre 5 et 15 euros la nuit, avec une moyenne autour de 10 euros. Les campings classiques se situent entre 18 et 30 euros hors saison, mais un emplacement sur la côte basque ou bretonne en plein mois d'août peut facilement dépasser 40 euros. Sur un voyage de trois semaines, la différence entre quelqu'un qui alterne bivouac et aire municipale et quelqu'un qui préfère les campings aménagés peut représenter 300 à 500 euros.
Ce que les vanlifers les plus réguliers regardent en priorité, ce n'est pas le prix d'une nuit en particulier, c'est la moyenne par nuit sur l'ensemble du voyage. C'est cette donnée qui permet de comparer les voyages entre eux, de mieux anticiper la prochaine fois et de savoir objectivement si on a plutôt bien géré ou si on a laissé filer un budget qu'on croyait maîtriser.
Un fourgon diesel aménagé consomme en moyenne entre 10 et 12 litres aux 100 km selon son âge, sa charge et le profil des routes empruntées. Avec un prix au litre autour de 1,65 euro, cela représente entre 165 et 200 euros pour 1 000 kilomètres parcourus. Sur un voyage de 3 000 km, le seul poste essence peut atteindre 500 à 600 euros, parfois davantage si le trajet inclut des traversées de massifs montagneux ou des allers-retours imprévus.
Ce chiffre surprend souvent les primo-voyageurs qui avaient mentalement divisé leur budget entre nuits et courses sans intégrer vraiment le coût de la route. Et pourtant, l'essence représente souvent le premier ou le deuxième poste de dépenses d'un voyage selon la durée et la distance parcourue. Suivre chaque plein depuis le départ donne une image très claire de ce que coûte une semaine de route et aide à arbitrer entre prolonger une escale et repartir vers un nouveau coin.
Il y a des postes que personne ne liste dans son budget de départ mais qui finissent toujours par peser. Les péages d'abord : une journée sur l'A9 ou l'A10 peut facilement coûter 25 à 30 euros pour un fourgon classé véhicule léger. Les marchés locaux, le producteur de fromage croisé par hasard sur une route de campagne, la bouteille achetée chez un vigneron en Ardèche... Ces achats de route, souvent parmi les meilleurs souvenirs du voyage, n'entrent dans aucune case prévue mais s'additionnent vite.
À cela s'ajoutent la laverie automatique lorsqu'on voyage longtemps, les douches payantes dans certaines aires, et les petits entretiens mécaniques qu'on n'anticipe pas mais qui arrivent tôt ou tard sur un vieux véhicule bien chargé.
La plupart des guides de budget vanlife vous donneront une fourchette pour tout planifier avant de partir. Le problème, c'est que cette fourchette ne dit rien sur votre façon de voyager à vous, sur vos arbitrages réels, sur ce que vous avez décidé de dépenser parce que ça valait le coup.
Ce qui fonctionne mieux en pratique, c'est l'approche inverse : ne pas budgéter à l'avance mais noter systématiquement en cours de route. Une nuit posée, un montant saisi. Un plein, une ligne ajoutée. Cela prend trente secondes et construit, au fil des jours, une image claire et honnête de ce que voyage coûte vraiment. À la fin, on peut voir la moyenne par nuit, le budget essence hebdomadaire, les semaines où on a vraiment dépensé et celles où on a presque rien utilisé. C'est ce genre de données, impossibles à retrouver deux mois après, que vaut la peine de noter au bon moment.
Pour un couple sur trois semaines en France, un budget vanlife réaliste se situe souvent entre 900 et 2 000 euros hors alimentation selon le style de voyage et la distance parcourue. Mais cette fourchette ne dit pas grand-chose sans les détails. Ce qui compte, c'est de savoir où sont passés vos euros à vous, pour décider en connaissance de cause la prochaine fois.
Le carnet de route des vanlifers