Vanstory
23 septembre 2026
Tu as sûrement déjà lu ou entendu cette phrase : "C'est interdit à moins de 100 mètres de la mer". Elle circule sur tous les groupes vanlife, dans les campings et sur les parkings de bord de plage. Elle est vraie à moitié, et c'est justement ce qui la rend difficile à démêler quand tu veux juste passer une nuit face à l'eau.
Le texte qui compte s'appelle l'article R111-33 du Code de l'urbanisme. Il interdit le camping isolé, c'est-à-dire en dehors d'un terrain aménagé, sur les rivages de la mer. Le rivage n'est pas une distance qu'on mesure au pas. C'est la zone que la mer couvre et découvre, jusqu'où les plus hautes marées peuvent monter.
Cette règle est nationale. Elle s'applique donc même sans panneau, dans toutes les communes du littoral, et personne n'a besoin de l'afficher pour qu'elle existe.
Le même texte protège aussi les sites classés ou inscrits, un rayon de 200 mètres autour de tout point d'eau captée pour la consommation, et les abords des monuments historiques. Sur ce dernier point, la règle par défaut est un rayon de 500 mètres autour du monument, sauf si un périmètre spécifique a été redéfini localement. Les réserves naturelles et le cœur des parcs nationaux ont, eux, leurs propres règles, à regarder de près avant de s'y arrêter. Des dérogations existent, accordées au cas par cas par l'administration, mais ce n'est pas un droit qu'on invoque le soir venu sur un parking.
Dans toutes ces zones protégées, le camping sauvage reste une infraction. La base est une contravention de 4e classe, 135 €, ramenée à 90 € si tu la règles sous 15 jours. Le montant grimpe en cas de récidive ou de refus d'obtempérer, et peut alors approcher les 1500 €. De quoi transformer une nuit gratuite en note salée.
La loi Littoral de 1986 protège bien une bande de 100 mètres à partir de la limite haute du rivage. En dehors des zones urbanisées, on n'y construit rien, et on n'y ouvre ni terrain de camping ni aire de stationnement pour caravanes. Le texte parle donc d'aménagement, pas d'un van posé pour la nuit.
Mais l'idée a fait son chemin sur le terrain. Beaucoup de communes et de plans locaux d'urbanisme interdisent le camping bien au-delà du rivage, parfois sur cette même distance de 100 mètres. Ces interdictions doivent être portées à la connaissance du public par un affichage en mairie et par des panneaux aux accès. La règle des 100 mètres ne vise donc pas ton van à proprement parler, mais elle reste un très bon réflexe de prudence dès que tu t'approches de l'eau.
Face à la mer comme ailleurs, tout se joue sur la même ligne. Stationner, c'est rester dans ton van sans rien installer dehors, et ça reste possible tant qu'aucun arrêté municipal ne l'interdit. Camper, c'est sortir ta chaise ou poser des cales, et c'est précisément là que tu bascules. C'est la même distinction que pour la frontière entre stationner et camper partout ailleurs, sauf qu'au bord de la mer elle se surveille de beaucoup plus près.
Concrètement, un parking de bord de mer où rien n'est interdit te laisse dormir van fermé. Dès qu'un panneau ou un arrêté dit le contraire, c'est lui qui gagne, même si tu as passé la soirée à te dire que le coin était tranquille.
Sur le littoral, ces arrêtés sont particulièrement fréquents. Beaucoup de communes ferment la nuit leurs parkings de bord de mer, histoire d'éviter les installations de plusieurs jours. Le réflexe le plus simple : chercher le panneau à l'entrée du parking, puis jeter un œil sur le site de la mairie ou passer à l'office de tourisme.
Si tu tiens à sortir la chaise pour le coucher de soleil, il reste les campings et les aires aménagées. Ils échappent à cette interdiction, même à quelques mètres de l'eau, parce que la règle vise le camping isolé, celui qui se fait hors d'un terrain prévu pour ça. On peut donc dormir très près de la mer sans se mettre hors la loi, à condition de choisir un endroit qui a le droit de t'accueillir.
Le plus beau, c'est que la vue sur la mer ne demande aucune chaise.
Le carnet de route des vanlifers